10 jours à Istanbul : « déceptions » et prises de conscience, tellement de choses ! Après la Roumanie et un autre petit passage à Londres, je retourne vers l’Est qui n’a de cesse de m’attirer. Cet Est qui m’apprend à connaître et à me connaître, qui ne me laisse pas une minute sans découverte, prise de conscience, questions et réponses. Et İstanbul faisant partie de mon Est, j’y ai retrouvé tout cela !
Küçük intro (« petit » en turc)
Pour le cadre : İstanbul du 1er octobre au 11 octobre 2023, avec mon amie Doriane.
Pour le contexte : İstanbul est une ville que je voulais visiter depuis plus de 10 ans, et mon désir n’avait pas diminué après mes autres voyages et projets. En en parlant avec Doriane, et d’idées de voyages en suggestions, nous avions conclu en juillet que nous partirions (SÛREMENT) à İstanbul à l’automne. Elle et moi, nous étions déjà partis en voyage ensemble, quelques jours à Amsterdam. 4 ans plus tard et après des voyages à droite et à gauche (enfin, surtout à droite vers l’Est pour nous deux), nous voici partis vers l’Orient.

C’est cliché mais, je ne sais pas par où commencer, tellement j’ai à dire. Et c’est exactement ce que j’ai (nous avons) ressenti quand nous étions dans cette ville. Heureusement, nous nous remettons souvent et beaucoup en question et cela nous a permis de prendre du recul sur ce que nous avons vu et vécu là-bas. Et de prendre conscience de beaucoup de choses, sur nous-mêmes, la ville, les autres, la France, la culture, pour ne citer qu’eux. Ce voyage a été un révélateur.
Je ne parlerai ici qu’en mon nom de mon point de vue, de mon expérience, de mon ressenti. Visites, itinéraires et recommendations, car cela a déjà été fait 1001 fois et bien mieux que je ne saurais le faire, je n’en parlerai pas. Je vais plutôt transcrire ce qu’il s’est passé dans mon esprit pendant et après ces jours à İstanbul.

Attentes…
Forcément, quand on veut visiter une ville depuis 10 ans qu’on lit à son propos, principalement d’un point de vue historique (et qu’on voit partout toutes ces belles photos aux couleurs saturées), on a beaucoup d’attentes. Et ce, jusqu’à descendre du ferry en arrivant à Eminönü, un beau petit matin et en bonne compagnie, tout excité d’ENFIN découvrir cette İstanbul.
Je ne vais pas mentir : je n’avais pas voulu trop me renseigner en amont afin d’éviter de me gâcher les premiers instants en voyant de mes yeux ce que j’aurais déjà eu vu sur Internet. Je m’étais néanmoins entretenu avec Olgu, une Turque rencontrée en Ouzbékistan en 2013 (ou en 2010 ?), dont les conseils et recommendations ont été grandement appréciés.
Ce à quoi je m’attendais ? À voir le sultan sur son dromadaire au bazar en train d’acheter dattes et grenades. Oui oui. C’est ça quand on a le temps de romantiser et idéaliser une ville aux mille et unes histoires et couleurs. Alors voilà, en quelques mots, je m’attendais à voir İstanbul comme on (se) représente l’Orient en Occident : oriental, chamarré, bruyant, dépaysant, déstabilisant, plein de turquoise, de coupoles, de bazars, de palais luxuriants aux tapis couleur rubis. Bref, un peu une İstanbul d’il y a quelques siècles…

En l’écrivant, j’ai un peu honte, mais je me rassure en me disant que je ne suis ni le seul, ni le premier, ni le dernier. Et en quelque sorte, tant mieux, car ces « déceptions » m’ont permis de me remettre en question et de prendre conscience de comment se forment des attentes qui peuvent parfois mener à des incompréhensions et frustrations.
… et déceptions
Alors non, pas vraiment de sultan au bazar. Ce qui m’a le plus « déçu » a été de trouver et visiter une İstanbul bien plus occidentale que je l’aurais cru : architectures, styles vestimentaires, grandes places et avenues bétonnées, chaînes d’enseignes présentes partout en Europe, etc.
Nous n’avons visité qu’un seul palais, le Topkapı, qui nous a déçu car, oui, comme dit plus haut, on s’attendait à plus de couleurs, d’art, bien qu’il soit déjà magnifique et qu’on ne puisse pas dire qu’il est ennuyant ! Nous avons décidé, peut-être (sûrement, même) est-ce une erreur, de ne pas visiter d’autre palais ni musée, pour deux raisons : prix, et peur d’être de nouveau frustrés.


Sur les recommendations d’une amie qui l’avait fréquenté il y a des décennies, nous avons crapahuté jusqu’au café Pierre Loti. Enfin, de « Loti », il n’avait que le nom : rien pouvant rappelé ce cher Pierre.
En fait, ce n’est pas uniquement que je m’ATTENDAIS à plus dépaysant, mais c’est que je VOULAIS plus dépaysant : mes déceptions et frustrations étaient plus le fruit d’espoirs que d’attentes réelles. Je reviendrai là-dessus plus bas (Se courir après).
Pas trouvés ici, mais réalisés et appréciés là-bas
Ce qui nous a manqué à İstanbul, à côté des frustrations, a été l’art au sens « peinture, sculpture ». Ce que je vais dire est peut-être inapproprié, mais voilà : malgré tout ce qu’İstanbul nous a offert et dont nous avons quand même su profité après un recalibrage, je me suis dit plusieurs fois que, « quand même, en France, on a de la chance. Avec tout l’art, les châteaux à chaque coin de campagne, et tout le reste qu’on a, on est bien lotis, hein, on n’a pas à se plaindre ».
Ceci n’est pas une question de qui a le plus de culture, mais de ce qui nous correspond et de ce dont on a à la maison. L’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs (ou chez soi), ou plutôt, elle peut être d’un vert-jaune ici ou d’un vert-bleu là. Et chacun ses goûts.

Ne retirons pas à İstanbul ce qui revient à İstanbul
Avec tout ce que j’écris, je peux donner l’impression de ne pas avoir aimé İstanbul. Loin de là ! Après avoir pris conscience de l’origine de ma déception, j’ai pu apprécier la ville pour ce qu’elle était réellement, et pas ce que je voulais qu’elle soit. Et elle a beaucoup à offrir, bien évidemment.
La ville
Balades, architectures, mosquées, bazars, ruelles, nourriture, chats, vues, commerces, train de vie, cafés, plafonds. En tant que touriste, j’ai trouvé la ville agréable et son rapport à pied/transports parfait. La ville est énorme et très étendue, mais on se déplace aisément, à pied et en transports. Traverser le Bosphore tous les jours, matin et soir, a quelque chose d’exceptionnel. Pouvoir s’arrêter n’importe où est s’imprégner de l’ambiance qui change toutes les trois rues est intéressant et stimulant.
Et ce calme ?? ces gens qui ne courent pas, ne râlent pas, ne bousculent pas, ne crient pas, ne regardent pas mal ?? Les rues propres ?? Les chats à chaque coin de rue dont tout le monde prend soin (mais les chiens, un peu moins : on nous a dit qu’ils les droguaient pour qu’ils ne mordent pas les gens) ?


Et la nourriture ? Toute cette pâte garnie au fromage, ce yaourt, ce thé, et ce café truc que j’aime tant ? Nous nous sommes installés dans plusieurs cafés et restaurants, mais nous avons notre favori : Bütme Evi, à Kadıköy, où nous avons mangé 3 fois. Nourriture riche et variée, et (presque) toujours le sourire de ceux qui vous servent.
Et ces quartiers aux façades et couleurs bigarrées ? Le quartier de Balat ? De Kadıköy ?


Et cette histoire ? Chaque pas est un pas dans l’Histoire. Bien sûr, on ne peut pas tout savoir ni apprendre, mais s’arrêter et se renseigner sur un lieu, un monument, un personnage, c’est tellement stimulant, intéressant et enrichissant.
Les Stambouliotes
Et cette diversité ? Forcément, une telle ville, une telle histoire, un telle carrefour, une telle taille, ça facilite la diversité. Des gens venus de partout, pour tout et n’importe quoi.
Et, le meilleur pour la fin : ces gens ? De la gentillesse, de l’amabilité à chaque coin de rue, dans chaque établissement. Des gens toujours prêts à vous aider. Et pas parce qu’on est touriste et pour nous vendre quelque chose, non, mais vraiment gentils, ouverts et accueillants. Nous l’avons ressenti surtout de la part des locaux (et non pas de la part des touristes). Une pâtisserie gratuite, un petit cadeau glissé dans notre sac, un demi-repas offert, un objet donné chez un antiquaire, des compliments sur notre turc alors que nous ne disions que 3 mots. Le tout accompagné de sourires.


Oui, je vais dire ce que tant ont dit et diront : un tel train de vie, une telle ambiance, un tel accueil, ça vous fait du bien et ça vous fait vous interroger (encore plus) sur d’où vous venez et dans quoi vous évoluez. Et sur qui on est, pas uniquement sur qui sont les autres.
Rencontres et religion : se remettre en question
Mon amie Doriane a eu l’excellente idée de nous amener au Centre culturel Süleymaniye, un vendredi matin. Après une petite présentation des pilliers et principes de l’Islam par un jeune homme, nous sommes allés à la mosquée Süleymaniye, au moment de la prière, pour voir et prier, au milieu des fidèles. Outre le fait que c’est impressionnant de se trouver de l’autre côté des petites barrières en bois, ça fait réfléchir.


Ce qui fait réfléchir aussi, ce sont les heures d’échanges que nous avons eus avec 3 jeunes femmes du Centre culturel, Marwa, Betül et Ebrar, dans les jours qui ont suivi. Autour d’un thé, d’un börek, de délicieux plats préparés par les cuisinières du centre, dont une Ouzbek (décidement, l’Ouzbékistant me suit – ou le contraire ?), en balade, à la mosquée, nous avons beaucoup parlé.
Marwa avait eu peur en entendant que deux Français étaient au Centre : elle s’attendait à ce que, comme apparemment beaucoup d’autres de nos concitoyens, nous venions avec des mauvaises intentions, questions déplacées et jugements. Elle a au contraire trouvé une Doriane et un Tao curieux d’en apprendre plus sur cette religion, ses pratiques, ses vécus. Bienveillance, et surtout patience et plaisir de répondre à nos 1001 questions : des chats jusqu’à « ça fait quoi de devoir prier 5 fois par jours ? »


Encore quelques prises de conscience
Pendant et après ces échanges, j’ai réalisé beaucoup de choses. Forcément, la façon dont je les réalise, conçoit et relate est empreinte de mon regard, vécu et ressenti occidentaux.
Déjà, la religion en elle-même, ou plutôt, ses principes fondamentaux.
Ensuite, et comme nous l’ont dit nos 3 initiatrices, prier 5 fois par jour, d’un point de vue non-religieux, permet de rythmer et diviser sa journée plus aisément qu’avec un seule pause méridienne. Ça permet aussi de se motiver à se lever le matin en se disant qu’on aura les prières. En allant plus loin, ça motive tout court car, et au delà de la prière, on croit en quelque chose, on suit quelque chose.
Cela peut vous paraître ridicule dit ainsi, mais je suis persuadé qu’une grande partie de nous, là-bas (ou ici, ça dépend d’où vous êtes) en Occident, manque cruellement de motivation(s), de raisons de se lever le matin, de faire le bien en soi et autour de soi.

Alors forcément, à un moment, entre deux phrases, je me suis demandé : « Et toi mon p’tit, tu crois en quoi ? » … silence (pourtant en temps normal, ça gigote là-haut)… « Qu’est-ce qui te motive le matin ? Non pas en bouquin à lire ou en tant de mots bulgares du dictionnaire à apprendre, mais en essence ? » Je me suis senti nu, désarçonné et surtout, vide. C’est passé hein, mais je peux vous assurer que j’y pense régulièrement. Je pense aussi que, à ce moment-là, j’étais en effet « vide ». Ou pas trop plein. Oui, je sais, tout de suite les grands mots. Mais je le pense.
Heureusement, depuis ce séjour, je me suis (re)trouvé, suis de nouveau habillé et en selle, mais le questionnement continue. En fait, au fond, je pense ne pas pouvoir « croire » au sens religieux, car je remets tout constamment en question, doute de tout. Cartésien, rationnel, trop réaliste, trop logique, oui peut-être. Curieux, chercheur, pas confiant, oui, aussi. C’est ainsi.
Courir après soi-même
Ce que je viens de dire, en bref, c’est qu’on se (je me) cherche. Cela passe par tous ces questionnements, d’une part, mais aussi par tous ces voyages. Qu’est-ce que je cherche ? Qui je cherche ?
Bien qu’adorant voyager, j’ai récemment commencé à m’en fatiguer et à souhaiter plus de stabilité. J’ai aussi réalisé que je commençais à m’en lasser. Lasser, oui, car voir encore et toujours des nouvelles choses et des nouveaux gens, oui ça stimule, mais moi, ça me fatigue car je me pose plein (trop ?) de questions.


Cela ne veut pas dire que je ne profite pas du voyage. En revanche, j’en profite moins, à la longue, pour deux raisons. La première est que, à force de voir des choses, on finit par « toutes » les voir. Par « toutes », qu’on se comprenne : on voit et revoit les unes et les autres, et bien que je ne me lasse pas de certaines (les canards, le cyrillique, les grands-mères, l’architecture néo-classique, par exemple), bon, au bout d’un moment, ça va bien.
La deuxième raison, et qui est la suite logique de la première, c’est qu’on en veut toujours plus. Plus vite, plus grand, plus coloré, plus loin, plus nombreux, plus souvent. On me souffle à l’oreille : « un peu comme une drogue, mon p’tit ». Ah oui, c’est ça. Qu’on s’entende : il y a des drogues bien plus néfastes, mais une drogue reste une drogue.

C’est après avoir réalisé cela pour de bon, à İstanbul, par ces déceptions, frustrations et questionnements, bien que l’idée me titillait depuis plusieurs mois, que j’ai fait la paix avec moi-même et me suis retrouvé.
Attention, cela ne m’empêche pas de rêver d’Est et d’y plonger corps et âme. Mais cela fait relativiser, apprécier et penser autrement.
Petit mot de fin

Bon, ça fait beaucoup d’un coup. Mais j’ai dit, tout au début, que j’avais beaucoup à raconter.
Malgré tout ce que j’ai pu dire plus haut, et comme à chaque fin de voyage, la nostalgie du départ/retour s’installe. J’ai pensé le fameux : « Oh en vrai, je pourrais vivre ici, à İstanbul, surtout à Kadıköy ».
À défaut de venir y vivre, je reviendrai te voir, İstanbul. Je reviendrai pour toi, bien sûr, mais aussi pour voir où j’en suis dans la vie. Ce séjour à İstanbul a-t-il été un des voyages qu’on qualifie d’« initiatiques » ?


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